17 secondes

17 secondes se présente comme un « roman-photo », démarche propre à certains écrivains-photographes dont fait partie Marc Blanchet. 17 secondes, 17 approches d’une seule et même personne, inscrites dans une écriture à la fois photographique et littéraire.

Date de publication : 18 février 2022
Format : 14 x 22 cm
Nombre de pages : 120
ISBN : 978-2-85035-066-5
Prix : 25 €

Le surgissement d’une femme dès la première photographie crée une interrogation pour le narrateur, qui porte d’emblée sur l’acte photographique, à travers une langue témoignant du désir de percevoir le mystère d’un être photographié dans le temps. La forme fictionnelle de cette écriture poétique devient l’objet de métamorphoses diverses, à l’image des portraits qui se suivent et sur lesquels cette prose médite. Y a-t-il réellement fiction ? Ne sommes-nous pas plutôt dans un monde d’hypothèses née de l’envie d’écrire sur l’être aimé ? Un glissement opère à fur et à mesure : la réalité éloigne la fiction, pour dire la présence d’une femme à travers les années. 17 secondes épuise la matière de l’écriture pour arriver sur le seuil d’une dernière photographie silencieuse. Ce livre permet de mesurer dans le parcours d’écrivain-photographe de Marc Blanchet le recours à la prose pour dire l’image comme supposer ce qu’elle prononce muettement. 17 secondes est également un objet, fonctionnant à sa manière comme un éventail, à même de se refermer pour enclore ses secrets.

Les auteurs

Marc Blanchet, né en 1968, est écrivain, poète et essayiste, photographe et dramaturge. Il vit actuellement à Tours, organise et anime des rencontres littéraires. Il a notamment publié aux éditions La Lettre volée : Le Pays (2021), Valses et enterrements (2018), Souffle de Beckett (2018), Méditations & autres brièvetés (2013) ; chez José Corti : Les Amis secrets (2013).

Extraits

1

Il ne perçoit pas de suite le tremblement de l’image. Il est d’abord attiré par la jeune femme. Toutefois, il constate rapidement que son apparition ne s’inscrit dans aucune netteté. La jeune femme est une lumière qui vibre avec lenteur. Il est heureux de l’avoir croisée dans la ville, sous l’éclairage des réverbères. Il s’est épris de ce tremblement dans l’image, comme si quelque chose s’émouvait et ne cessait de le faire. Un peu plus tard, il comprend que l’image qui vibre et la femme en elle sont indissociables. Il de-vine même que la femme, la jeune femme, sera toujours dans cet écartèlement de la lumière, dans ce discernement difficile, l’éviction de toute conscience. L’image s’est faite ; la photographie est là. Il voit bien plus que le corps d’une femme. Il y a sous ses yeux l’entièreté d’un être, dans la rue, tard le soir, avec ce sac qui brille de mille feux, comme s’il s’était échappé d’une légende, comme il était devenu le protagoniste d’une histoire qui commence à se prononcer, d’un conte qui reste à lire. Il regarde les con-tours de l’objet, incessamment lumineux ; un objet ouvragé, tissé de fils d’or n’en dou-tons pas. Un objet ourlé de douceur, dans lequel son regard ne peut pénétrer et décou-vrir un peigne en ivoire, un livre inconnu ou l’identité noir sur blanc de la jeune femme qui lui fait face. L’homme est perdu dans la lueur qu’il a créée. Car c’est lui qui est à l’origine de la saisie, à la source de ce qui maintenant existe à l’écart de ses volon-tés. La photographie tient dans sa main comme elle se dresse devant lui, pareille à un paysage. Il a beau la regarder, il ne parvient qu’à une contemplation trouble. Elle semble vivre, s’agiter, vibrer en dehors de toute appréhension. C’est comme si l’image ne regardait qu’elle-même.

2

Il recroise la jeune femme peu après. Autour d’elle, l’espace a totalement changé. La lueur dans laquelle elle baignait n’existe plus. C’est une autre seconde, apparue sans rien déployer de la lumière qu’il avait tant aimée. L’objet de son désir s’est-il évanoui ? Il se pose inévitablement la question. Elle est pourtant là, celle qu’il pourrait nommer l’Étrangère – et ne le peut tant cela serait grandiloquent. À nouveau, elle le regarde ; à nouveau, elle semble le regarder. Des reflets épars se mêlent au regard de la femme et contaminent l’image. Ces motifs géométriques, qui la recouvrent et la débordent, n’ont pas le charme d’une vision nocturne. Une étrange symétrie est à l’œuvre ; elle signe la fin d’un trouble et permet le triomphe d’un jeu de lignes droites. Il y a cependant le reflet des arbres, une végétation imprécise qui s’étiole sur les matières plastiques qui le séparent de la jeune femme, de la femme. Il ne peut s’en approcher (il s’est suffisam-ment approché comme ça). De fines lignes verticales devant elle, plus épaisses en-dessous, dessinent comme un cadre strict, balayé d’empêchement. La femme est là, au milieu d’un obstacle qu’une paire de ciseaux ou une lame bien affûtée pourraient dé-chirer comme un cri. Son visage a changé. Il semble plus dur, fermé, empreint d’un éloignement qu’elle désire peut-être. Le tremblement n’est plus dans l’image ; il est passé dans l’homme qui a pris la photographie, qui du moins le prétend. Les choses ont cette capacité à nous abstraire de nous-mêmes, de nous faire douter de nos actes. Elles nous font mentir pour la singularité d’une image qui n’est plus que la consternation d’un être, sinon sa terreur. Pour peu que l’homme éloigne de telles craintes, la femme semble délivrée de toute projection, toute représentation. Elle le fascine par sa beauté, plus indicible qu’insaisissable. Il finit par aimer la voir de cette manière, sans son sac doré, ce scintillement d’un soir, au crépuscule. Il l’apprécie ainsi, entrelacée par la vé-gétation, proche d’une imminente disparition. L’obscurité va-t-elle absorber ce visage et ce corps nimbé de vêtements d’un blanc apparemment pur ? La femme va-t-elle être enlacée par ses branches en suspens, enveloppée d’une multiplicité de fleurs ? Un par-fum envahit l’espace alors que l’homme continue de regarder l’image.

Hors collection

Dérogeant aux modèles unifiés des autres collections, les titres de ce non-domaine tirent leur raison d’être de leur singularité. Objets uniques, publications de circonstance, ouvrages exceptionnels dans les éditions d’art, travaux ponctuels dans la production de leur auteur, ils ont tous en commun de prendre la tangente.

This « non-collection » gathers books whose singularity defies the formats of our other publications – unique items, occasional publications, non-standard projects, one-time attempts that all have in common to stand out.

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