And Also The Trees

Série de vingt-et-une photographies, And Also The Trees (« et bien sûr les arbres ») propose une approche visuelle et textuelle du paysage où l’arbre joue son rôle de modèle comme de sentinelle, soit dans sa solitude, soit dans une solitude « rassemblée » : la forêt.

Date de publication : 18 février 2022
Format : 22 x 14 cm
Nombre de pages : 96
ISBN : 978-2-85035-067-2
Prix : 25 €

Souvent prises au crépuscule ou de nuit, ou dans la vitesse, ces photographies proches de la matérialité de la gravure apparaissent comme une suite de déflagrations où la no-tion de composition s’avère essentielle. Écritures photographique et littéraire se re-trouvent, se côtoient ou se disjoignent pour tisser un rapport au monde et établir une pensée du paysage. L’arbre, matière centrale de ces paysages, est ainsi pensé dans ses mystères, ses brisures ou son opacité. En miroir d’une réflexion sur l’acte photogra-phique et la perception de son propre corps lors de ses prises de vue, l’écrivain-photographe Marc Blanchet, par l’horizontalité du paysage ou la verticalité d’un arbre, nous met face à un univers qui surgit entre soudaineté et disparité, présence et profu-sion.

Les auteurs

Marc Blanchet, né en 1968, est écrivain, poète et essayiste, photographe et dramaturge. Il vit actuellement à Tours, organise et anime des rencontres littéraires. Il a notamment publié aux éditions La Lettre volée : Le Pays (2021), Valses et enterrements (2018), Souffle de Beckett (2018), Méditations & autres brièvetés (2013) ; chez José Corti : Les Amis secrets (2013).

Extraits

1.

Existe-t-il l’endroit d’où photographier sans altération ? Je me déplace depuis plusieurs jours et chaque prise de vue s’inscrit dans une tension – effondrements, dé-clivités, obscurcissements. Tout m’apparaît comme une lente défiguration. Existe-t-il l’endroit d’où ces photographies pourraient connaître un corps plus avenant ? Est-ce un endroit précis, fixe – une clairière, un havre ? Ou est-ce moi, qui me suis épris d’une vitesse, d’une frénésie, qui n’offrent aucun repos ?
À chaque occasion, m’éloignant pour des déplacements volontaires, des instants de solitude choisis, je traverse des paysages pour en saisir d’autres à l’intérieur. Je dé-coupe du paysage dans du paysage. Mon œil est en mouvement, chargé d’une capacité presque enivrante à repérer au loin des formes, les laisser s’avancer, se préciser, s’harmoniser (du moins ai-je cette impression puisque j’éprouve une sorte de consen-tement en les approchant ; photographier à cet instant ce qui paraît s’éterniser me donne comme des frissons d’intelligence – ou du moins me fait ressentir un accord, le plaisir d’une coïncidence qui n’a rien de forcée même si elle est provoquée).
Au sein de la nature, ces compositions apparaissent, mêlant leurs matières végé-tales au rythme de la traversée. S’y ajoutent la nuit et le dérèglement raisonné de l’appareil. Apparitions soudaines et manigances mécaniques : les voici mes créatures, objets d’un désir qui ne connaît pas son assouvissement.
De temps en temps, des pauses. Se retrouver à la lisière d’une forêt n’est pas se tenir au bord du monde – loin de là. Vécu ainsi, l’espace est une substance d’une inal-térable générosité. Si tout déplacement semble ultime (ne rien laisser s’échapper), les paysages à découper fourmillent. Même si dans mon esprit demeure le poids des pein-tures et photographies passées, aucune tentative n’est vaine.
Lors de ces arrêts, quand j’éteins le moteur de la voiture ou ralentis ma marche parmi la neige ou la nuit, ma perception des espaces naturels s’apaise. La présence des sujets éloigne le flou ou l’indistinct, et se déplie plus clairement. J’apprécie que ces photographies naissent alors de cette manière, avec une sorte de discernement, d’entièreté, dans la nécessité d’une parenthèse, pareilles à un individu qui se tiendrait devant moi et dont j’aurais le temps de voir le corps, d’entendre les propos. Une in-quiétude ressurgit rapidement. Un doute devant une telle clarté. Également le senti-ment d’une vibration à venir. L’objection d’un détail qui va tout renverser.
La capture de ces étranges harmonies est en suspens. Le paysage, même resserré autour d’un arbre, lors de tels instants s’agrandit. Une respiration plus souple circule en moi, même si je peine à percevoir les conditions de cette détente. Elle s’avère essen-tielle à l’avancée de mon corps, aux digestions de ma pensée. La courbe d’un vallon se conjugue à la paix qu’il inspire ; un arbre chavire sans faire l’apologie de la chute ; les branches d’un cèdre palpitent. Ce saule respire sous la neige. Je ne me perds pas dans un songe ; je sais que la neige est en mouvement. Égarée sur l’image, elle la raye de sa légèreté, signe sa gravité de haut en bas. Ce mouvement ne cesse pas. Plus loin, c’est un arbre, trop baigné de nuit pour prétendre à quelque recension précise. Il appartient au règne de l’indicible, sinon de l’innommable.
L’écriture d’une histoire naturelle demeure possible. Quelqu’un dont ce serait l’affaire pourrait défaire l’indistinction de ces espèces, reconnaître des familles dans ces ensembles opaques. N’ai-je pas identifié ce cèdre ? Nominations, glissements. Véri-tés, voiles. Ces paysages n’en sont pas moins des anamorphoses. Ils tordent le nom de ce que l’on peine à distinguer.

Hors collection

Dérogeant aux modèles unifiés des autres collections, les titres de ce non-domaine tirent leur raison d’être de leur singularité. Objets uniques, publications de circonstance, ouvrages exceptionnels dans les éditions d’art, travaux ponctuels dans la production de leur auteur, ils ont tous en commun de prendre la tangente.

This « non-collection » gathers books whose singularity defies the formats of our other publications – unique items, occasional publications, non-standard projects, one-time attempts that all have in common to stand out.

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