Parcelle 147/69

Parcelle 147/69 saisit le sentiment de fascination qu’on peut éprouver dans les lieux que nous habitons autant qu’ils nous habitent, lorsqu’on est soudain illuminé par la persistance de leur étrangeté fondamentale. Le livre porte le nom d’une parcelle, d’un jardin que le photographe Stéphane Spach explore depuis l’enfance, traquant l’inconnu des lumières changeantes et des existences non-humaines. Un texte de Jérôme Thélôt – Orphée photographe – accompagne les photographies.

Date de publication : 17 novembre 2023
Format : 18 x 24 cm
Nombre de pages : 96
ISBN : 978-2-85035-134-1
Prix : 25 €

Dans les photographies de Stéphane Spach qui composent Parcelle 147/69, dédié à ce lieu d’enfance qu’il continue d’habiter, s’entremêlent une familiarité et une étrangeté, un ici et un ailleurs. Elles sont accompagnées de brèves notes, fragments de souvenirs qui ressuscitent des émotions fugitives plus qu’ils ne donnent des explications ou des noms : « Je continue à photographier l’endroit où je vis. Des coins et des recoins avec, tous les printemps, des fleurs imperturbables qui poussent. Des fleurs dont on cherche le nom dans les encyclopédies et puis que l’on oublie. »
Le photographe est en quête de quelque chose d’autre, d’innommable, vers quoi fait signe le flou troublant des arrière-plans. Il est en quête d’un passé qui n’est pas vraiment passé, d’un recommencement de l’enfance et de ses épiphanies : soit, comme l’écrit Jérôme Thélôt, « l’arrivée des choses avant leur compréhension, l’éploiement des épiphanies avant leur arrestation comme objets ».

Les auteurs

Stéphane Spach, photographe, travaille pour de grandes entreprises, notamment dans l’univers de l’architecture et du design, tout en pratiquant à côté de cela son art dans une visée esthétique. Il a notamment publié Le beau jour ou L’Alsace revisitée avec Patrick Bogner et Jean-Michel Maulpoix (Le Bateau de papier, 1996), Terres fertiles avec Gilles Clément (Les éditions de l’Imprimeur, 1999) ou Couteaux avec Philippe Fusaro (La Fosse aux Ours, 2001).

Jérôme Thélot, ancien élève d’Yves Bonnefoy au Collège de France, disciple aussi de René Girard et de Michel Henry, est essayiste et traducteur, et professeur de littérature française à l’Université de Lyon. Ses écrits portent sur la poésie romantique et moderne, sur la philosophie de l’affectivité, et sur les conditions de l’image. Il développe auprès des auteurs qu’il interroge, en particulier Baudelaire, Rousseau, Dostoïevski, Sophocle, une poétique générale qui remonte à la fondation de la parole et de la représentation dans la violence originelle. Ses travaux sur la photographie ont d’abord décrit les conséquences de l’invention de celle-ci sur la littérature (Les inventions littéraires de la photographie, PUF, 2003), puis les caractères propres de sa phénoménologie (Critique de la raison photographique, Les Belles Lettres / Encre marine, 2009). Ses « Notes sur le poétique » (Un caillou dans un creux, Manucius, 2016) explicitent les attendus de sa recherche.

Extraits

« Stéphane Spach se retourne : il regarde derrière ses années d’homme le commencement d’où lui-même arrive et ne cesse d’arriver. Ce commencement comme tel – toutes les images ici l’attestent – est l’objet profond de sa recherche. Car ce qu’elles montrent est obscur, ou secret, est en amont des formes une poussée lointaine de réalités peu discernables, une chose qui n’a pas de nom. Le commencement est toujours déjà absolument irretrouvable, pourtant il est aussi un recommencement : une ressaisie des souvenirs d’enfance, une répétition de sujets analogues toujours chargés de perceptions anciennes, un travail sériel sur des lieux d’existence inlassablement parcourus. C’est que l’enfance passée n’est jamais passée et toujours recommence, commandant cette réponse de l’artiste écoutant son appel. Comment l’acte photographique (cadrage, éclairage, traitement des clichés, tirage, sélection...) peut-il se rendre adéquat à cet esprit d’enfance et au jardin où celui-ci demeure, et, inversement, comment cette enfance peut-elle se recommencer en vérité dans l’acte photographique ? » (Jérôme Thélot, « Orphée photographe »)

Photographie